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Les réfugiés oubliés des pays musulmans.

17112010
Une problématique mal connue : la question des refugiés du Proche-Orient
17/11/10

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- - Thème: Proche-Orient

 

 

Jean-Pierre Allali revient d’u0188ggne mission en Israël où, du 7 au 10 novembre 2010, au sein d’une délégation de la JJAC (Justice for Jews from Arab Countries), il a rencontré de nombreux dirigeants israéliens et participé à des réunions de travail sur la question des réfugiés du Proche-Orient. Avant de nous livrer, demain, son « carnet de bord » au jour le jour, il nous propose une étude particulièrement bien documentée et étayée sur une problématique finalement mal connue.

Depuis plus de soixante ans, la question des « réfugiés palestiniens » plombe littéralement toutes les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens. Avec la problématique de l’avenir de Jérusalem et, celle, plus récemment mise en avant, du refus par la partie arabe, de reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, cette question véritablement lancinante est à l’origine de bien des blocages. D’autant plus qu’elle sous-entend le fameux « droit au retour » toujours revendiqué par les Palestiniens, y compris par le « modéré » Mahmoud Abbas, à savoir, l’envahissement d’Israël par plusieurs millions de personnes supposées retrouver leurs terres d’origine et leurs maisons d’antan ou du moins celles de leurs ancêtres.

Ce qui est particulièrement étonnant, remarquable même, c’est, d’une part que le problème des réfugiés dans le monde, à travers le temps et à travers les pays a toujours été résolu d’une quelconque façon, nous en donnerons quelques exemples et que seul demeure, savamment entretenu pour qu’il perdure ad eternam, celui des Palestiniens. Et que, d’autre part, la question non moins légitime, des réfugiés juifs originaires des pays arabo-musulmans, est généralement passée sous silence alors qu’elle constitue, indubitablement, un pendant logique à celle des réfugiés palestiniens.

Ce questionnement, en réalité, est très ancien, même s’il n’apparaît souvent qu’en filigrane dans les textes les plus divers.

Ainsi, par deux fois, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés s’est exprimé sur le sujet.

À Genève, en février 1957, Auguste Lindt, Haut Commissaire, écrit dans son rapport : « Un autre problème urgent est en train d’apparaître : celui des réfugiés venant d’Égypte. Il ne fait aucun doute, dans notre esprit que ces réfugiés d’Égypte, qui ne sont pas en mesure d’être placés sous la protection de leur gouvernement, tombent de facto sou la responsabilité de mes services ». Il va sans dire que le commissaire Lindt faisait référence aux milliers de Juifs égyptiens contraints à l’exil dans des conditions épouvantables par le raïs égyptien Gamal Abdel Nasser.

Le 6 juin 1967, son collègue, le docteur E. Jahn affirmait, dans un document officiel :

« Je me réfère à nos récentes discussions concernant la situation des Juifs originaires du Proche-Orient et d’Afrique du Nord après les récents événements. Je suis désormais en mesure de vous informer que de telles personnes peuvent être considérées, à première vue, comme relevant du mandat de notre office ».

Les résolutions des Nations unies, elles-mêmes, on ne le sait pas toujours, incluent dans leurs attendus la question des réfugiés juifs.

La fameuse résolution 242 adoptée le 22 novembre 1967 à laquelle on fait souvent référence stipule qu’un accord de paix devra nécessairement inclure une juste solution du problème des réfugiés.

Il n’est pas fait mention, comme on le voit, dans cette résolution, de « réfugiés palestiniens » comme le souhaitaient, à l’époque, certains délégués, notamment le représentant russe. C’est à dessein que la formule finale a été choisie afin d’inclure, dans le concept générique de « réfugiés », les réfugiés arabes comme les réfugiés juifs. C’est ce qu’a expliqué, après l’adoption de la résolution 242, le représentant des États-Unis, Arthur Goldberg :

« Une omission notable dans la résolution 242 est l’absence de toute référence aux Palestiniens, à un État palestinien en Cisjordanie ou à l’OLP. Les termes choisis se rapportent aussi bien aux réfugiés arabes qu’aux réfugiés juifs car on compte un nombre à peu près égal de personnes de chaque ensemble qui ont été amenées a abandonner leurs foyers à la suite des différents conflits ».

En octobre 1991, lors de la fameuse Conférence de Madrid, le secrétaire d’État américain, James Baker, dans ses propos liminaires, avait tenu à ne faire aucune distinction entre réfugiés juifs et réfugiés arabes, préférant parler de « populations de la région qui ont été déplacées de leurs foyers ».

La « Feuille de Route », mise au point par le Quartet en avril 2003, demeure dans la même imprécision volontaire parlant d’une « solution acceptable, juste et réaliste du problème des réfugiés ». Il en a été de même lors des accords de Camp David de 1978 entre l’État d’Israël et l’Égypte, du traité de paix israélo-égyptien (1979), du traité de paix israélo-jordanien (1994) et même des agréments signés entre Israéliens et Palestiniens (1993 et 1995).

Dès lors, c’est fort opportunément que deux textes législatifs importants sont venus, ces dernières années, combler un vide qui devenait préoccupant. C’est ainsi que le 1er avril 2008, le Congrès américain a voté la résolution 185 qui accorde désormais officiellement le statut de réfugiés aux Juifs qui, installés en terre d’islam, ont dû quitter leur pays après la proclamation de l’indépendance de l’État d’Israël. Plus récemment, la Knesset, le parlement israélien, a adopté, le 22 février 2010, une loi présenté par un député du parti Shass, Nissim Zeev, stipulant que les réfugiés juifs qui se sont installés en Israël avant et après la proclamation de l’État hébreu en 1948, pourront demander une compensation financière. Bien que ce texte ait oblitéré, dans ses attendus, les droits des Juifs réfugiés des pays arabes qui ont choisi de se réinstaller ailleurs qu’en Israël, il représente une avancée certaine car, jusqu’ici, le gouvernement israélien a manifesté, sur ce sujet, une forme de retenue repoussant toujours à plus tard le moment d’aborder le sujet lors de négociations avec le monde arabo-musulman.

Il convient de noter, toutefois, que ces deux textes viennent confirmer des prises de positions déjà anciennes mais qui n’avaient jamais été suivies d’effet. Ainsi, en son temps, le président américain Jimmy Carter, déclarait-il : « Eh bien, les Palestiniens ont des droits…c’est évident : il y aussi les réfugiés juifs…ils ont les mêmes droits que les autres » ( Conférence de presse du 27 octobre 1977). Et Bill Clinton, comme en écho, affirmait, lui, peu après : « Israël est rempli de Juifs qui ont vécu dans des pays à prédominance arabe et qui sont venus en Israël parce qu’ils ont été transformés en réfugiés dans leurs propres pays ».

C’est le même esprit qui anime le Premier ministre canadien, Paul Martin lorsqu’il déclare, le 3 juin 2005 au « Canadian Jewish News » : « Un réfugié est un réfugié. C’est pourquoi la situation des Juifs réfugiés des pays arabes doit être prise en considération. Les droits des réfugiés juifs  sont aussi légitimes et méritent autant d’attention que ceux des réfugiés palestiniens »

Des réfugiés par millions

Même si une propagande habilement distillée a fini par faire accroire au monde que seuls n’ont existé et n’existent, que seuls ont souffert et souffrent, les réfugiés palestiniens, il suffit d’ouvrir un livre d’histoire pour réaliser que la question des personnes déplacées est aussi vieille que le monde. Pour ce qui est de ce siècle et du précédent, on peut rappeler, par exemple, qu’après la Première Guerre mondiale, conformément au traité de Lausanne, la Grèce et la Turquie ont procédé à un vaste échange de populations. 1 250 000 Grecs ont quitté l’Anatolie et 500 000 Turcs ont abandonné la Thrace. Ces réfugiés ont été réinstallés et ont refait leur vie dans leur nouvel environnement. À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la chute du 3ème Reich a entraîné l’évacuation des Allemands des Sudètes, de Silésie et de Prusse orientale. Des millions de personnes qui vivaient là depuis des siècles ont été amenées à se replier en Allemagne. En 1947, le conflit entre l’Inde et le Pakistan s’achève par la sécession de ce dernier le 15 août 1947. 9 millions d’Hindous et de Sikhs ont alors quitté le Pakistan pour rejoindre l’Inde tandis qu’en sens inverse, 7 millions de Musulmans indiens s’installaient au Pakistan. Les uns comme les autres ont recommencé ailleurs une nouvelle vie car l’histoire des hommes, sauf semble-t-il celle des Palestiniens, est ainsi faite. Plus près de nous, 9 millions de Coréens ont fui le régime communiste du nord pour s’installer en Corée du sud où ils vivent désormais. Et les « Boat People » qui ont fui le Vietnam ont été accueillis dans le monde entier y compris en Israël. Au Soudan, le conflit interminable entre les Musulmans du nord et les Animistes et les Chrétiens du sud a causé des centaines de milliers de victimes et entraîné le départ vers le Tchad de 300 000 réfugiés. Eux aussi ont entamé une nouvelle vie. Entretenus par leurs dirigeants dans l’illusion complètement surréaliste d’un retour dans leurs « foyers », les réfugiés palestiniens sont les seuls, dans l’histoire humaine, à ne pas trouver de solution à leur problème.

D’où viennent les Palestiniens ?

Yasser Arafat et, avec lui, nombre de Palestiniens, avait coutume d’affirmer que les Palestiniens sont les véritables autochtones du pays, descendants, disait-il des Cananéens et des Jébuséens. La vérité est toute autre et beaucoup plus prosaïque. Et s’il est vrai qu’il y avait, vers 1880, sur le territoire actuel d’Israël, de la Cisjordanie et de Gaza, 500 000 âmes, les Arabes, parmi eux, étaient essentiellement des Bédouins réunis en tribus clairsemées. En 1890, sur la partie du territoire qui allait, plus tard leur être dévolu, les Juifs étaient déjà majoritaires. En 1878, l’empire ottoman, inquiet de cette situation démographique avait promulgué une loi incitant les Musulmans à venir du monde entier coloniser le pays. Des conditions fiscales exceptionnelles leur furent accordées et des terres offertes à des colons musulmans qui vinrent en masse d’Herzégovine, de Bosnie, de Géorgie, du Maroc, d’Algérie, du Turkménistan, de Crimée, du Caucase ou encore du Turkestan. Par ailleurs, attirés par la possibilité d’emplois proposés par les kibboutzim et les mochavim, des Syriens, des Égyptiens, des Irakiens et des Libanais les ont rejoints plus tard. Les Palestiniens d’aujourd’hui, c’est aussi cela : des émigrés de fraîche date. On ne le sait pas toujours ou, du moins, on feint, dans le monde arabe, de ne pas le savoir.

Des droits exorbitants

Si l’on se rapporte aux propos de David Ben Gourion lorsqu’il proclame l’État d’Israël invitant fraternellement les Arabes à ne pas quitter le pays et si l’on met en balance les propos haineux du Grand mufti de Jérusalem, Hadj Amine El Husseini, poussant les Palestiniens à quitter leurs villages jusqu’au massacre du dernier Juif afin de revenir chez eux, après la curée, en triomphateurs, on mesure la responsabilité du mufti et de ses sbires dans le drame des Palestiniens. Pour autant, l’UNRWA, Agence des Nations unies pour les Secours et Travaux, créée pour aider les réfugiés palestiniens, s’est transformée, depuis, en véritable usine à gaz. Des dizaines de milliers d’employés proposent des services multiples aux « réfugiés » dont le nombre s’accroît indéfiniment et qui n’ont aucun intérêt à changer de statut, compte-tenu des dispositions uniques qui les concernent. Un : est considéré comme réfugié palestinien tout individu qui, à l’occasion du conflit de 1948, a été déplacé de plus de deux kilomètres. Deux : le statut de « réfugié palestinien » est transmissible de père en fils sans limitation dans le temps. C’est pourquoi, de manière factice et inconsidérée, quelque quatre cent mille personnes déplacées à l’époque et qui auraient pu, comme ce fut le cas, on l’a vu plus haut, de millions d’autres individus, être intégrés dans les divers pays de la région, ont été maintenus et encouragées dans leur état, devenant cinq ou six millions de prétendants au « retour ».

Et les réfugiés juifs ?

Que ce soit de manière habile et sans effusion de sang, mais en leur rendant la vie très difficile ou que ce soit de manière brutale comme ce fut le cas en Égypte, en Syrie, au Liban, en Irak, en Libye ou encore au Yémen, près d’un million de Juifs ont quitté les terres d’islam dans lesquelles ils étaient installés depuis des millénaires, bien avant les invasions arabes. La moitié d’entre eux a trouvé refuge en Israël où ils ont recommencé une nouvelle vie. Ce sont les « réfugiés oubliés » de l’Histoire qui, aujourd’hui, légitimement, demandent réparation. Les deux textes mentionnés plus haut, votés aux États-Unis puis en Israël, vont dans le sens de cette reconnaissance obligée. Aucune négociation israélo-arabe ne pourra, désormais, faire l’impasse sur ce sujet.

Arabes et Nazis

Les Arabes répètent à l’envi qu’ils ne sont pour rien dans la catastrophe de la Shoah et qu’ils n’ont pas à payer, en cédant des territoires qu’ils estiment être leurs, pour un crime commis par des Européens. Outre le fait que l’État d’Israël était en gestation, avec les structures quasi étatiques de ce que l’on appelle le yichouv, bien avant la catastrophe de la Shoah, l’argument est spécieux. En effet, le Grand mufti de Jérusalem, Hadj Amine El Husseini, s’est, très tôt, associé à Hitler qu’il a rencontré à Berlin. Il a levé des milliers de soldats musulmans nazis, les divisions « Handselar » qui ont combattu aux côtés de Hitler. Un projet de construction d’un camp de concentration à Naplouse était bien avancé. Dans tout le monde arabe, y compris en Afrique du Nord, les thèses nazies rencontraient un écho favorable dans une partie de la population musulmane. En 1941, c’est un gouvernement se déclarant pro-nazi dirigé par Rachid Ali El Gaylani qui prit le pouvoir en Irak, organisant un pogrom sanglant, le faroud. Et on n’oubliera pas, qu’après la Guerre, de nombreux dignitaires nazis, tel le sinistre Aloïs Brunner, trouvèrent refuge dans les pays arabes, notamment en  Égypte et en Syrie.

L’échange historique

On se trouve face à un échange historique de fait : tandis que, d’un côté, en raison essentiellement de la propagande mensongère du Grand mufti de Jérusalem et de la guerre menée par les pays arabes et les Palestiniens contre l’État juif à peine né, plusieurs centaines de milliers Palestiniens ont été contraints à l’exil, de l’autre, un million de Juifs des pays arabes ont été chassés de leurs pays, gagnant, pour une bonne moitié d’entre eux, Israël. Si les deux protagonistes veulent avoir une chance d’aboutir à une paix sincère et durable, il faut que cet échange de fait soit reconnu. Le « droit au retour » réclamé comme une antienne incontournable par les Palestiniens, s’évanouirait dès lors dans les oubliettes de l’Histoire. Et, dans une continuité naturelle, la qualification d’Israël comme État des Juifs, ce que prévoyait d’ailleurs la résolution des Nations unies n’apparaîtrait plus comme une imposture ou une aporie, mais comme une évidence. On pourrait enfin imaginer un avenir radieux pour Israël vivant en paix avec pour capitale enfin reconnue par la planète, Yéroushalaïm, Jérusalem.

Jean-Pierre Allali

Écrivain et journaliste

Membre du Bureau Exécutif du CRIF

Vice président mondial de la JJAC (Justice for Jews from Arab Countries)

Auteur, notamment de Les réfugiés échangés. Séfarades-Palestiniens. Éditions Jipéa. 2007. Ouvrage publié avec le soutien du CRIF.